Témoignage de Francois Arguin sur le profilage politique au Parc Jean-Drapeau le samedi 9 juin 2012.

Je m’etais rendu au parc Jean Drapeau dans le but de prendre du video, que ce soit quelques manifestants avec des pancartes ou bien documenter de la brutalité policiere, dont j’ai été victime 2 fois depuis le 18 mai. J’allais aussi verifier a quel point des personnes arborant le carré rouge etaient libres de circuler au parc Jean-Drapeau.

Je sors du metro et j’apercoit immédiatement 2 personnes avec un carré rouge. Je leur dit que je vais les suivre un peu avec la camera juste pour voir ce qui leur arriverait. C’est par pur hasard que ces 2 personnes soient en fait des journalistes du devoir qui allaient faire une exploration du profilage politique au parc Jean-Drapeau, ce que je n’ai appris qu’a la fin de tout les evenements. (Leur article ici: http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/352102/recit-d-un-petit-voyage-en-metro-avec-un-carre-rouge )

Apres quelques secondes de marche, 2 policiers qui se tenaient a l’entrée du métro se dirigent vers nous, je filme ce qu’ils font et en moins de 2-3 minutes de marche sur le site, nous sommes interpellés par des policiers.

Je me fait séparer des 2 autres et me fait rapidement entourer d’une dizaine de policiers.

L’agent Durocher (matricule 3121) essaye de m’arracher ma camera de mes mains (j’essayais de filmer les 2 carrés rouge se faire interpeller). Je lui demande de la lacher et il finit par me l’arracher du cou en brisant la gance que je portais autour du cou.

On se mets alors a me poser un tas de questions. Pourquoi je suis ici, quest-ce que je fais dans la vie. Quand je demande pourquoi je suis arreté, on me reponds que c’etait parce que je filmais « la sécurité du site et les policiers ».

Arrive alors la policiere Lavoie qui me demande de m’identifier. Je lui donne ma carte de crédit et je recois d’elle le  commentaire répeté qu’elle trouve ca drole un anti-capitaliste avec une carte de credit (Je ne suis pas anti-capitaliste). Elle me dit « pas aussi tough sans tes amis, hein? », on me fais un procès d’intention a plusieurs reprises.  Un policier essaye de me faire honte en me demandant « pourquoi une personne de 37 ans perds son temps a filmer des policiers? » J’avais la réponse devant moi. Ce meme policier, qui vois que je commence a « shaker » un peu, me demande ce qui se passe, en insinuant que j’avais peur. Mais je « shakais » de rage, de colere pour le traitement que j’etais en train de subir.

On essaye de prendre ma photo, en me disant  « Vous aimez ca filmer les policiers,  pourquoi ca vous derange qu’on vous prenne  en photo? » quand au premier essai je me detourne le visage. La policiere Lavoie me mets la camera pres du visage et je fini par ceder en sachant qu’il finiraient par l’avoir. Ca faisait la 2eme fois en moins de  3 semaines que des policiers prenaient ma photo pour des raisons de profilage politique, la premiere fois etant quand je m’etais fait arreté lors de l’arrestation de masse de la marche pacifique du 23 mai, soirée ou j’ai aussi été poivré a bout portant alors que je me  dispersais et filmais les gens se disperser.

Apres m’etre fait harcelé comme ca pendant environ 5-10 minutes, l’agente Lavoie m’annonce qu’on vas m’escorter au metro, que je dois quitter le site mais seulement si j’accepte d’effacer les images que j’ai filmé quelques minutes avant. Je refuse et elle me montre les menottes avec un sourire: « A la Biosphere », qu’elle me dit.

On me passe alors les menottes en metal et me les mettent assez serrées pour que j’aille encore des marques sur un poignet 11 heures apres me les avoir fait enlevées. C’etait completement gratuit et pas nécessaire de me mettre des menottes aux poignets alors que je suis une personne avec une attitude calme dans une zone ou il y devait y avoir 1 policier au dix metres carrés et en etant pas en etat d’arrestation. Evidemment, je n’aurais jamais du etre interpellé de la sorte tout simplement pour avoir refusé d’effacer des images vidéos de ma caméra, seule raison de ma detention preventive puisqu’on me laissait partir sinon.

En chemin vers le site pres de la biosphere, je dis au policier Durocher que les menottes me font mal, il se mets a me donner des petites tapes sur les mains pour que ca fasse encore plus mal.

On m’emmene ensuite a une zone ou ils ont emmenés 4-5 autres personnes, dont les 2 au carré rouge que je filmais a la sortie du metro.

Le commandant Simoneau arrive et nous annonce que nous allons probablement passer la fin de semaine en prison.

Je fais le commentaire que c’est un « Camp de concentration lite ». Un policier repete ca à un autre policier qui se mets a me crier apres que ses parents on fais la guerre ou on passé du temps dans un camp de concentration et demande a un autre policier (j’avais les yeux ailleurs, donc pas sur par moi-meme si c’etait Simoneau) s’il peut avoir la permission de me montrer c’etait quoi un camp de concentration. Selon la journaliste Catherine Lalonde, c’etait le commandant Simoneau, qui lui reponds « Non, il y as des cameras ».

Radio-Canada filme une partie des moments ou nous sommes dans la zone de profilage et je dis a la camera que je ne faisais que filmer, que je n’avais rien fait.

Des policiers habillés en civils armés viennent sur place et felicitent les policiers de leur bon travail.

Je demande au policier Durocher de me deserrer les menottes et il accepte. En retrospective, Je ne suis pas sur si c’est parce qu’il vient de comprendre qu’assis a coté de moi sont 2 journalistes du devoir. Compte tenu qu’il m’as donné un « bonus de menottes » en me faisant mal aux poignets gratuitement 10 minutes auparavant alors que je disais deja que les menottes me faisaient mal, permettez moi de douter qu’il l’as fait par compassion, pour soulager ma douleur. Mais bon, je ne peux en etre certain.

On nous annonce que nous allons etre escortés en dehors du site et on me remets ma camera, apres avoir effacé toute la sequence video d’evenements qui ont précedé notre interpellation, le harcelement dont j’ai ete victime et de la documentation des bris de mes droits fondamentaux de citoyen. C’est a dire profiter d’une journée du samedi a me promener au Parc Jean-Drapeau et filmer sans me faire harceler, insulter, menotter et expulser du parc sans raison par des policiers.

Sur le chemin menant au metro, le policier Durocher parle au telephone cellulaire et se dit « Un peu decu » qu’on ne soit pas detenu mais que c’est la décision des enqueteurs.

Je fais le lien entre la rhetorique inflammatoire des liberaux, en particulier celle de la ministre Christine St-Pierre pour qui le carré rouge symbolise « l’intimidation et la violence » et le bris de mes droits fondamentaux dont j’ai été victime au Parc Jean-Drapeau. Il n’y as qu’un pas a faire pour se demander si toute cette repression n’est pas un ordre direct du cabinet liberal, en voyant le commandant Simoneau superviser personellement toute cette operation digne d’une dictature de banane de bris au droit a l’expression et a l’association au Parc Jean-Drapeau (Le commandant Simoneau etait aussi sur place lors de l’arrestation de masse du 23 mai 2012).

La loi 78 empeche un groupe de plus de 50 personnes de manifester sans donner un pre-avis, mais qu’en est-il de 3 personnes dont une avec camera et 2 avec une pancarte blanche et arborant des carrés rouges? Il semble que pour la fin de semaine du grand prix, le parc Jean-Drapeau ait été déclaré une zone ou la charte des droits et libertés ne s’applique plus et ou personne ne peux manifester son desaccord avec cet evenement. Ou meme seulement filmer 2 personnes qui marchent avec un carré rouge et le profilage politique dont ils sont victimes.

Video de l’expulsion du site: http://youtu.be/3wNFUdtLvl4

J’ajoute ici une photo de mon poignet:

J’inviterais les gens a faire parvenir leurs temoignages a l’association des juristes progressistes: info@ajpquebec.org

et a l’assé:  temoignage@asse-solidarite.qc.ca

Ajout au texte:

La partie ou je dis que le commandant du SPVM Alain Simoneau nous annonce que nous allons probablement passer la fin de semaine en prison doit etre mise a jour

La memoire sous le stress fait parfois defaut, je croyais que Catherine Lalonde avait demandé a Simoneau quand nous allions etre relaché.

En reparlant a Catherine et Raphael, c’est apparament une personne de l’autre groupe de detenus qui as posé cette question.

La reponse de Simoneau ne s’addressait donc p-e pas a tout notre groupe mais c’est une chose qui as ete dite par lui.

J’aimerais aussi ajouter 2 citations que j’ai entendu au debut de l’interpellation

La policiere lavoie qui me dit quelque chose comme « Jte connais, toi! » C’etait soi de l’intimidation a la « On t’as a l’oeil toi » ou elle avait regardé les photos du 23 mai.

Un autre policier m’as aussi dit « Vous voulez que tout soit gratuit! » , qui fait partie des commentaires de proces d’intention dont je parlais.

Je comprends aussi que mon commentaire de  camp de concentration peut sembler etre de l’hyperbole exagérée. Mais j’ai eu une accumulation d’experience de polices qui agissent comme si on etait dans un pays sous dictature et une accumulation de voir ce meme genre de choses repetées des dizaines de fois sur video. C’est aussi un commentaire qui a ete fait « a chaud » ou je me fais passer des menottes apres avoir ete entouré dune dizaine de policiers et emmener a un camp de detention quand mon seul crime a ete de refuser deffacer des images videos.